Le mot « physiocrate » n’est pas celui que l’on entend dans les salles de réunion. Cela vient du grec pour « règle de la nature ». Dans les années 1700, un groupe de penseurs français l’ont inventé pour décrire une idée radicale : laisser l’économie tranquille. Ils pensaient que l’ingérence du gouvernement n’était pas seulement gênante mais fondamentalement répréhensible.
François Quesnay a mené la charge. Il est largement considéré comme le père de l’économie scientifique. Avant lui, la pensée économique n’était qu’un désordre de moralisation et de conjectures. Quesnay a changé cela. Il considérait l’économie comme un système. Plus précisément, il a comparé un atelier à une ferme. Sa conclusion a choqué l’establishment mercantiliste.
“La ferme à elle seule ajoute à la richesse d’une nation.”
Au XVIIIe siècle, la plupart des gens pensaient que la richesse provenait du commerce ou de l’industrie manufacturière. Les physiocrates n’étaient pas d’accord. Ils affirmaient que seule l’agriculture produisait un « produit net ». Un ouvrier d’usine prend des matières premières et les façonne. La valeur des matériaux est préservée, mais pas nécessairement augmentée. Un agriculteur plante des graines. La récolte vaut plus que les graines. Cet excédent est la seule véritable croissance économique.
Cela a fait de la terre le Saint Graal de la richesse. Si vous vouliez une nation riche, vous aviez besoin d’un sol fertile et non d’usines occupées.
L’école attaquait le mercantilisme avec une précision chirurgicale. Les mercantilistes croyaient qu’un pays s’enrichissait en exportant plus qu’il n’importait et en thésaurisant de l’or. Ils soutenaient des réglementations strictes, des tarifs douaniers et des industries contrôlées par l’État. Les physiocrates y virent un piège. Ils plaidaient en faveur du laissez-faire bien avant qu’Adam Smith ne popularise le terme. Ils voulaient que le droit écrit s’aligne sur le droit naturel. Mieux vaut le chaos, pensaient-ils, que l’ingérence maladroite du gouvernement.
Les principaux disciples comprenaient Victor Riqueti, le comte de Mirabeau et Pierre Samuel du Pont de Nemours. Il ne s’agissait pas seulement d’universitaires. C’étaient des courtisans et des intellectuels qui essayaient d’incorporer ces idées dans la politique. Leur influence atteint son apogée dans les années 1760.
Puis il s’est effondré.
En 1768, le mouvement était déjà fracturé. Le véritable coup dur fut porté en 1776. Le contrôleur général français, favorable aux idées physiocratiques, fut démis de ses fonctions. Le vent politique a changé du jour au lendemain. Les principaux physiocrates furent exilés. Leurs théories sur la richesse ont été largement démantelées par les économistes ultérieurs. L’idée selon laquelle seuls les agriculteurs créaient de la valeur n’a pas survécu à la révolution industrielle.
Mais leur méthode l’a fait.
Quesnay et ses disciples ont introduit une approche systématique et analytique de l’économie. Ils l’ont traité comme une science. Ce changement a eu un effet permanent sur la discipline. Nous utilisons toujours leur cadre pour réfléchir aux relations intrants-extrants, même si nous ne pensons plus que l’agriculture soit la seule source de valeur.
Les physiocrates se trompaient à propos de la ferme. Ils avaient raison sur le plan scientifique.


















