Le PDG d’Arm, René Haas, prend une décision audacieuse : lancer sa propre puce de silicium pour la première fois dans l’histoire de l’entreprise. Cette décision, annoncée quelques jours seulement après une réunion à enjeux élevés avec le PDG de Softbank, Masayoshi Son, est un pari qui pourrait soit redéfinir Arm en tant que plate-forme informatique à part entière, soit s’aliéner certains de ses partenaires les plus importants.
Pendant des décennies, Arm a été la force dominante dans le domaine de l’architecture des puces, accordant des licences de conception à des géants comme Apple, Nvidia et Qualcomm. Ils bénéficient de redevances, avec environ trois jetons Arm pour chaque personne sur Terre. Mais maintenant, Arm se lance lui-même dans le secteur de la fabrication de puces – un retour à ses origines dans les années 1970, lorsqu’il était fabricant de matériel avant de se tourner vers les licences.
Il ne s’agit pas simplement d’un lancement de produit ; c’est un changement culturel. Haas, qui a rejoint Arm en 2013 après avoir quitté Nvidia, a fait pression de manière agressive en faveur d’un environnement plus risqué et dirigé par les fondateurs. Il décrit son style de leadership comme celui de prendre de « gros paris » et de commettre des erreurs rapidement. Ce changement de culture intervient après l’acquisition d’Arm par Softbank en 2016, suivie de l’échec de l’offre publique d’achat de Nvidia en 2020.
La nouvelle puce, baptisée « Arm AGI CPU », est destinée aux centres de données et optimisée pour les charges de travail d’intelligence artificielle. Le principal argument de vente : l’efficacité. L’histoire d’Arm dans la conception de puces mobiles signifie qu’elle est dans une position unique pour fournir des solutions économes en énergie sur un marché de plus en plus avide de calcul par IA.
Réaction de l’industrie : tension garantie
Ce mouvement va ébouriffer les plumes. Les partenaires d’Arm, dont Nvidia et AMD, sont désormais des concurrents directs. Alors que Haas minimise les frictions, admettant que cela pourrait « énerver » Intel et AMD plus que Nvidia, la réalité est que le lancement de cette puce remanie la dynamique du pouvoir. Nvidia, en particulier, vient de conclure des accords majeurs avec Meta pour les CPU et les GPU, ouvrant la voie à une confrontation directe.
Haas insiste sur le fait que l’entrée d’Arm bénéficiera en fin de compte à l’ensemble de l’écosystème, de la même manière que la gamme Surface de Microsoft stimule l’innovation pour les partenaires Windows. Mais la question demeure : Arm peut-il conserver son statut de « meilleur ami » auprès des entreprises pour lesquelles il rivalise désormais activement pour les parts de marché ?
L’exécution est la clé
Le succès de cette entreprise dépend de la fabrication, des taux de rendement et des marges – des problèmes auxquels Arm n’a pas été confronté depuis des décennies. Haas le reconnaît, affirmant que la gestion de ces facteurs sera une courbe d’apprentissage abrupte. La société s’associe à TSMC pour la fabrication et travaille avec Super Micro et Foxconn pour fournir des solutions de serveur complètes.
Le premier client majeur est Meta, suivi de SK Hynix, Cisco et Cloudflare. Cette première traction suggère une demande, mais le véritable test consistera à augmenter la production et à prouver la fiabilité à long terme de la puce.
Le pari d’Arm est de taille : il parie que le marché a besoin de son nouveau CPU, quitte à perturber les relations établies. Son succès dépendra de l’exécution, de l’innovation et de la volonté de surmonter les inévitables frictions qui accompagnent les défis des géants de l’industrie.
